|
|
|
|
Rabat est la Sala Colonia de la Maurétanie romaine au IIIème siècle av.
JC sous le règne de Trajan. Vers le Xème siècle, les berbères Zénètes en
font la base de départ de leurs expéditions contre les musulmans en
construisant un ribât, ou monastère fortifié, sur les falaises de la rive
sud de l’oued. Le souverain almohade Abd el-Moumen la transforme en un lieu
de rassemblement des combattants de la foi destiné à combattre les armées
chrétiennes en Espagne et en Tunisie. Son petit fils, Yakoub al-Mansour
élève à Rabat une enceinte fortifiée et une mosquée, dont la tour Hassan
demeure le seul vestige. Malgré quelques attentions de la part des
Mérinides, la ville ne cesse désormais de décliner, et au XVIème siècle elle
se réduit à une centaine de maisons.
Il faut attendre 1609 pour observer le réveil de Rabat. Chassés par
Philippes III, les derniers Maures d’Espagne s’installent dans la médina de
Rabat. Ils deviennent corsaires et finissent même par organiser, en
1627, leur propre structure politique. C’est la République des deux rives,
qui dure de 1627 à 1641. Si Rabat et Salé ne sont pas totalement
négligés sous le règne de Moulay Ismaïl, c’est qu’elles fournissent au
sultan argent et surtout esclaves chrétiens pour mener à bien la
construction de Meknès. La ville se
verra accorder le statut de capitale impériale pour la première fois au
XVIIIème siècle, sous le règne de Mohammed ben-Abdellah (1757-1790). Les
souverains alaouites embelliront le patrimoine architectural de la ville,
notamment en construisant le palais Dâr al-Makhzen. En 1912, le général
Lyautey transfère de Fès à Rabat le
siège de sa résidence, faisant de la ville la capitale du Maroc. |
|
 |
 |
 |
|
|
Rabat l’ancienne se compose de trois entités distinctes : la médina, la
casbah des Oudaïa et la nécropole de Chella. La muraille qui entoure la
médina fut élevée en grande partie sous le règne de Yakoub al-Mansour
(1184-1199). Bâti solidement d’un mélange de chaux, de cailloux et de
briques pilées, le rempart a admirablement résisté à l’usure du temps. Le
rempart le plus regardé à Rabat est celui des Andalous, qui s’étire en ligne
droite sur plus de 1400 mètres au sud de la ville. Haut de cinq mètres
environ, le mur est percé de plusieurs portes almohades.
L’accès à la médina se fait par une série des six portes monumentales
exceptionnellement conservées, bâties par les Almohades au XIIème siècle.
Les ouvertures sur les deux faces sont soignées : un grand arc brisé
outrepassé, en pierre taillée, assorti d’une ornementation monochrome
simple. La rigueur et l’harmonie des proportions de ces ouvrages les
apparentent directement à l’architecture hispano-mauresque des grands
empires.
La médina fut construite par les Morisques au XVIIème siècle selon un tracé
d’une régularité peu commune dans les médinas marocaines. Les maisons et les
quartiers s’étalent sur une soixantaine d’hectares selon un plan assez
rectiligne. Les ruelles et les impasses viennent se greffer sur le réseau
principal sans donner au plan de la voirie une figure de labyrinthe comme
c’est le cas dans la plupart des médinas. Les petites maisons simples,
construites généralement en pierres, enduites et blanchies à la chaux,
blotties dans les quartiers de la médina, sont typiques de l’habitat
morisque des XVIIè et XVIIIème siècles. (Bo 108 à 137) |
|
 |
 |
 |
|
|
La
mosquée Hassan s’inscrit incontestablement parmi les joyaux hérités de la
dynastie almohade. Aujourd’hui ne subsiste de ce vaste projet que de
gigantesques colonnes et un minaret majestueux, la tour Hassan. Les travaux
auraient débuté en 1196 sous l’égide du souverain almohade Yakoub
al-Mansour. Sa mort en 1199 laissa l’ouvrage inachevé. Au fil du temps, les
matériaux de sa construction furent pillés et le tremblement de terre de
1755 acheva de la réduire à l’état de ruine. La mosquée Hassan, dont
l’esplanade contemporaine recouvre un immense rectangle, devait être le plus
édifice religieux de l’Occident musulman.
La mosquée al-Sounna, construite au XVIIIème siècle par le souverain Sidi
Mohammed Ben Abdellah, occupe un lieu stratégique dans la ville moderne, à
l’extrémité nord de l’enceinte des Touarga. Son beau minaret, visible de
loin, domine fièrement Rabat.
De la mort prématurée de Yakoub al-Mansour jusqu’à l’avènement des
Alaouites, Rabat ne posséda pas de résidence royale. Le palais de la casbah
des Oudaïa, où résidaient les sultans alaouites lors de séjour à Rabat, date
du règne de Moulay Ismaïl. La tradition marocaine veut que ce soit le fils
et successeur de ce roi, le prince Moulay Mohammed al-Dehbi, qui ait conduit
les travaux de cet édifice entre 1672 et 1694. Ce palais est construit selon
les dispositions de la demeure citadine marocaine. Il comprend un édifice
principal organisé autour d’une cour et bordé sur ses quatre côtés de
grandes pièces rectangulaires. Un beau jardin rectangulaire de type andalou,
aménagé au sud du palais, l’agrémente et lui confère le statut de résidence
princière. |
|
 |
 |
 |
|
|
Le palais royal (Dâr
al-Makhzen), qui date de 1864, a été érigé sur les ruines de l’ancien palais
royal construit à la fin du XVIIIème siècle par Sidi Mohammed ben Abdellah.
C’est un complexe architectural qui s’étend sur une aire immense entourée
d’une enceinte particulière. On y trouve la cité du gouvernement, qui
comprend le palais proprement dit, une mosquée, des casernes pour la garde,
un collège royal, un petit champ de courses et divers édifices ministériels.
Tous ces bâtiments, coiffés de toits en bâtière ou en double bâtière de
tuiles vertes, sont structurés selon le modèle de la maison citadine
traditionnelle ; ils sont orientés vers de vastes jardins et cours
intérieures très agrémentés.
Le mausolée de Mohammed V, le plus récent et le plus majestueux des
monuments alaouites de Rabat, témoigne du culte dont fait l’objet le père de
l’indépendance. Roi consacré et très respecté par son peuple, il ne fut
réellement inhumé dans ce mausolée qu’en 1971. Placé sur un socle haut de
3,5 mètres, bâti en marbre blanc, le monument est coiffé d’un toit pyramidal
recouvert de tuiles vertes. Les quatre faces du cube de marbre sont percées
de trois portes coiffées d’arcs polylobés, celle du centre étant plus grande
que les deux autres. D’un balcon on peut admirer le sarcophage taillé dans
un bloc d’onyx blanc posé sur une surface de granit poli. Dans un angle du
mausolée on peut remarquer la tombe en marbre du prince Moulay Abdellah,
décédé en 1983. Toute l’ornementation respecte parfaitement la tradition des
nécropoles royales : coupole à stalactites peintes, frises calligraphiques,
bandeaux de plâtre ciselé et doré, zelliges polychromes.
Sur la rive méridionale de l’oued Bou Regreg se dressent les ruines de
l’ancienne ville romaine de Sala. Ce fut le premier calife de la dynastie
mérinide, Abou Youssef Yakoub, qui choisit cet emplacement précis pour la
retraite et le recueillement. Il y fit construire une mosquée, au milieu des
ruines de l’ancienne Sala romaine, et y enterra sa femme en 1284. Après sa
mort, survenue en 1286, il y trouva ensuite sa propre sépulture. Ses deux
successeurs y sont également enterrés. |
|
 |
 |
 |
|
|
Le site
de Chella a connu successivement des périodes d’abandon et d’attention soutenue.
Le sultan Abou Saïd (1300-1331) et son fils Abou al-Hassan (1331-1351) reprirent
les traditions des premiers princes mérinides et donnèrent à la nécropole royale
tout son faste. Le dernier surtout décida de bâtir un complexe funéraire
intégral. Il édifia les murailles imposantes ; son chemin de ronde est renforcé
de vingt tours carrées disposées à des distances plus ou moins régulières,
également crénelées et en saillie sur la muraille. L’entrée principale,
monumentale et riche en décors sculptés, se trouve à l’ouest. Elle revêt la
forme d’une baie impressionnante, flanquée de deux tours octogonales.
Après avoir franchi la voûte coudée, on découvre un vallon d’une beauté
surprenante. On y observe un ensemble de bâtisses en ruine qui émergent ici ou
là. Une partie du domaine est occupée par les ruines de la ville romaine et
l’autre est dédiée aux sanctuaires mérinides. Au point le plus bas de l’enclos
se trouve le complexe funéraire d’Abou al-Hassan contenant encore aujourd’hui
les ruines de la mosquée d’Abou Youssef. Le minaret, fort endommagé, était
certainement l’un des plus beaux de cette période. Aujourd’hui c’est le refuge
préféré des cigognes. Dans l’espace resté libre le sultan Abou al-Hassan avait
fait aménager un jardin très élégant, planté d’orangers et de citronniers. C’est
là qu’il fit construire son propre mausolée, un joyau de pierre sculptée et de
faïence, coiffé jadis d’une coupole aujourd’hui complètement effondrée. La
nécropole fut définitivement abandonnée à la fin de la dynastie mérinide et
subit au cours des siècles plusieurs pillages. En 1755 un tremblement de terre
précipita sa destruction. La nature sauvage envahit la pierre, des centaines de
cigognes et d’autres échassiers s’approprièrent le site, installant leurs nids
sur les arbres et le minaret. Le lieu a repris son caractère de retraite sacrée.
Ainsi la source des Canons où glissent des anguilles, est vénérée : on prête à
ces animaux le pouvoir de guérir la stérilité. |
|
|
|