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La naissance de Meknès ne répond à
aucun volontarisme dynastique. Fondée vers le Xème siècle par les Meknâssa,
tribu berbère qui avait déferlé sur les plaines fertiles de l’ouest marocain en
profitant de l’affaiblissement du royaume Idrisside, elle est d’abord constituée
d’une pléiade de bourgs sans remparts, blottis autour de l’oued Boufekrane, au
nord du Moyen-Atlas. Ce tranquille mode d’existence va être bouleversé par
l’arrivée des Almoravides.
Le premier souverain almoravide, Youssef ben Tâchfîne, s’empare de Meknès
vers 1063. Pour bien contrôler la région, un bastion de surveillance et une
casbah sont construite sur le plateau qui va progressivement éclipser les
anciens bourgs et rassembler leurs notables. Lorsqu’en 1145 les Almohades
conquièrent à leur tour la cité, ils la saccagent en grande partie. Quelques
années plus tard, ils cessent leurs exactions et intègrent la ville dans le
projet de développement de l’empire hispano-mauresque. Meknès se
développe selon un étonnant plan quadrillé et se repeuple rapidement. Cette
heureuse période de prospérité prend fin avec l’affaiblissement et la chute des
Almohades.
Les Mérinides, qui établissent leur capitale à
Fès en 1244, ne renoncent pas pour autant au développement de Meknès. Ils
complètent sa structure traditionnelle hispano-mauresque en bâtissant au sud de
la ville une casbah destinée à abriter un gouverneur, ses fonctionnaires et son
armée. On leur doit surtout la medersa Bû-Inâniya. L’affaiblissement des
Mérinides à partir du XVème siècle, et l’anarchie qui s’ensuit dans tout le pays
provoquent le déclin de Meknès. La ville s’endort pour deux siècles. |
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Vient le règne du sultan
alaouite Moulay Ismaïl en 1672. Dès son accession au trône, il fait de Meknès sa
capitale donnant une nouvelle orientation au destin de la ville, qui prétend,
pour la première fois de son histoire, au titre de cité impériale. Avec une
ferveur inégalée, le roi entreprend des constructions monumentales, qu’il
poursuivra sans relâche durant toute sa vie. Le sultan fait puiser les matériaux
de construction dans tous les sites historiques du royaume, dépouillant les plus
beaux monuments laissés par ses prédécesseurs, notamment ceux des Saadiens : le
palais al-Badî à Marrakech en subit les dramatiques conséquences. Il fait
également détruire les anciennes murailles de la cité, en bâtit de nouvelles et
les fait percer de portes imposantes. La ville commerçante est dotée de
monuments religieux qui attestent de la profonde dévotion du souverain.
A sa mort le royaume sombre dans l’anarchie et la guerre civile. Les souverains
alaouites déplacent leur résidence tantôt à Fès, tantôt à Marrakech. A la fin
du XVIIIème siècle, la médina acquière, à peu près ses dimensions et se forme
actuelle.
Au tournant du XXème siècle Meknès vit mes mêmes péripéties que le reste du
Maroc. La Meknès d’aujourd’hui est une agglomération multiple et métissée :
berbères du Moyen-Atlas, Arabes des plaines, Andalous et juifs du mellah forment
la sève d’une cité qui constitue un centre économique actif au milieu d’une
région agricole prospère.
Grandeur et démesure. Au premier abord, la médina apparaît comme une robuste
forteresse. L’enceinte, qui a la forme d’un polygone irrégulier est construite
en pisé selon les techniques médiévales, elle mesure jusqu’à 3 mètres de large
et 15 mètres de haut. A l’intérieur de ces murailles, Meknès est composée, comme
les autres villes impériales, de deux entités aux dimensions disproportionnées
et aux configurations très disparates : la médina condensée sur un petit espace
et la casbah qui s’étend sur un immense terrain. La ville est pourvue d’une
dizaine de portes, dont certaines, par leur élégance, justifient l’appellation
donnée à Meknès de « cité aux belles portes ». |
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La plus monumentale et la
plus prestigieuse des portes tient son nom du renégat chrétien qui en aurait été
le concepteur, Bâb Mansour al-Eulj. Elle ouvre les remparts de la casbah qui
longent la médina donnant accès au somptueux palais de Moulay Ismaïl, Där
al-Kébîra. Bâ al-Mansour, commencée par Moulay Ismaïl, a été achevée par son
fils. Elle est dotée d’une structure à double coude classique. La baie qui
l’ouvre est couronnée d’un arc brisé à peine outrepassé. Son ornementation force
l’admiration. Le magnifique réseau de losanges moulurés s’accompagne d’un décor
floral très dense, de rosaces, de baies en fer à cheval, d’entrelacs sur fond de
céramique verte. Les deux tours latérales saillantes sont percées à la base de
deux ouvertures qui forment des loggias. Elles sont soutenues par des colonnes
corinthiennes, qui proviendraient du palais Al-Badi de
Marrakech.
La place al-Hédîm constitue le point de départ de toute promenade dans la
médina. Comme le veut l’usage, chaque quartier est dévolu à une catégorie
d’activité, du centre vers la périphérie, celle-ci demeurant réservée aux
pauvres, aux non-citadins et aux étrangers. Au centre on trouve la grande
Mosquée, la médersa mérinide Bû-Inâniya. Les souks sont constitués de petites
boutiques juxtaposées, couvertes ou en plein air, et de fondouks spécialisés qui
occupent plusieurs ruelles.
La construction de la medersa Bû-Inânyia a commencé sous le règne du souverain
mérinide Abou al-Hassan vers 1345. Elle est terminée par son fils Abou-Inân.
Avec la Grande Mosquée c’est le monument le plus prestigieux de la médina. Le
plan est habituel : un rectangle irrégulier, dont le volume général se divise en
deux parties inégales, séparées et desservies par un long couloir ; à l’est, on
trouve la médersa proprement dite, et à l’ouest, une annexe réservée aux
ablutions. L’accès à la salle de prières se fait par une cour à deux niveaux
magnifiquement ouvragée : bois sculpté, plâtre ciselé et zelliges polychromes
rivalisent de beauté. Les pilastres soutiennent un volumineux placage de poutres
sculptées, découpé en arcade brisée. Une ornementation de zelliges couvrant la
partie inférieure des murs embellit le patio, dont le sol est également pavé de
marqueterie de céramique. Le tout est surmonté d’un auvent de tuiles vertes qui
s’appuie sur une suite de consoles moulurées.
La grande Mosquée, construite au XIIème siècle est contemporaine de la mosquée
des Andalous de Fès. De l’extérieur, on peut admirer les tuiles vertes qui
couvrent sa toiture et le beau minaret, construit sous le règne de Moulay
Mohammed ben Abdellah (XVIIIème siècle), qui domine l’ensemble des habitations
des alentours. Le minaret est couronné par une tourelle supérieure et terminé
par une flèche de fer portant trois boules de cuivre doré. Ses quatre faces sont
admirablement ornementées de petits carreaux de faïence verte.
Moulay Ismaïl avait choisi lui-même sa demeure mortuaire. Son mausolée, isolé
des autres édifices de la casbah, a sans doute été édifié à côté d’une tombe
préexistante, celle du grand saint, poète et mystique marocain du XVIème siècle
Sidî Abderrahmân al-Majdoub. La disposition et la configuration du mausolée de
Moulay Ismaïl sont directement inspirées des tombeaux des Saadiens de
Marrakech. Avec ses trois pièces en enfilade, ses douze colonnes et son
espace central réservé à la dépouille du prince, la salle funéraire est disposée
de la même manière que celle des Saadiens. |