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Capitale d'empire dès sa
fondation, Marrakech, la métropole
du sud marocain, demeure auréolée d'un grand prestige : celui d'avoir donné son
nom au royaume tout entier. Elle se distingue par le caractère atypique de sa
population et reste la métropole des Berbères et des nomades du désert.
Marrakech est en grande partie
l'œuvre de deux dynasties berbères, les Almoravides du Sahara et les Almohades
du Haut Atlas. Abou Bekr, célèbre
chef almoravide, aurait le premier bâti, en 1062, une casbah de pierre au nord
de l'actuelle Koutoubia, rapidement transformée en citadelle par Youssef Ben
Tachfine, son cousin et successeur. Celui-ci va, en quelques années, établir un
empire qui s'étend de l'Atlantique à Alger et de l'Espagne au Sahara. Lorsque
Youssef meurt, son fils, Ali Ben Youssef, donne à la ville un visage digne de
cet empire. Mosquées, palais, hammams et remparts s'élèvent pour la plus grande
gloire du style hispano-mauresque. Mais les Almoravides sont menacés par les
raids des Almohades, rigoureux orthodoxes de l'Islam, unis sous la houlette du
prédicateur Ibn Toumert. La ville tombe en 1147 aux mains du sultan almohade
Abdelmoumen. Sous la pression des oulémas réformateurs il ordonne la démolition des
palais et mosquées. Marrakech devient le centre de l'Islam occidental et,
protégée par les Berbères du Haut Atlas, va jouir trois quart de siècle durant
d'une paix propice au développement du commerce. |
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Mais les souverains almohades
sont aussi des bâtisseurs. Dès le début de son règne,
Abdelmoumen entame la construction d'un des chefs d'œuvre de l'art
hispano-mauresque, la mosquée de la Koutoubia (Koutoubiyya). Une génération plus tard,
Abou Yacoub Youssef (1163-1184) élargit la ville par l'adjonction de la casbah,
un nouveau quartier à l'abri des remparts, et crée le jardin de l'Agdal. Son
fils Yacoub El-Mansour (1184-1199) ajoute une nouvelle ville impériale au sud.
De cet ensemble seules ont été conservées la mosquée et la belle porte du palais
appelée Bab Agnaou. Contrastant avec les édifices almoravides, abondamment
décorés, les constructions almohades témoignent d'une parfaite unité
conceptuelle et artistique. Elles présentent une élégance de lignes, une
simplicité de formes et une esthétique austère fidèle au puritanisme
religieux de cette dynastie.
La mort
de Yacoub El-Mansour sonne le déclin de la puissance almohade. En 1212 son fils
est écrasé lors de la fameuse bataille de Las Navas de Tolosa. Une longue
période d'anarchie et de luttes fratricides ébranle le gouvernement almohade qui
s'effondre en 1276. Marrakech a déjà été conquise en 1269 par une nouvelle
dynastie, celle des Mérinides. Comme ceux-ci résident à
Fès, la cité perd pour
deux siècles son rang de capitale. C'est dans une ville en ruine que pénètrent
en 1522 les Saadiens. Leur nom sera le symbole de la renaissance de Marrakech.
L'un d'eux, Ahmed El-Mansour, El Dehbi, « le Doré » construit au nord de la
casbah, un immense palais d'apparat, El Badi. Quelques années après la mort
d'Ahmed El-Mansour, le Maroc entre dans une crise profonde et Marrakech succombe
aux Alaouites en 1668. Sous leur règne le siège du royaume est transféré à
Fès,
puis à Meknès.
Le
sultan Moulay Mohamed Ben Abdellah refait de Marrakech sa capitale. De 1757 à
1790 son règne profite largement à la ville. Dès son avènement, le sultan
entreprend d'importantes opérations de restauration de la casbah et des
remparts, fait aménager plusieurs jardins et construit un nouveau palais royal.
Après sa mort la ville connaît des années de troubles et d'indigence. Tout le
XIXème siècle retentit de l'écho des luttes fratricides et des révolutions de
palais dont jouent les puissances européennes. En 1912, sous le protectorat,
Lyautey, demande à l'urbaniste Henri Prost de moderniser la ville : celui-ci
crée à côté de la médina un nouveau quartier, le Gueliz, pour loger
l'administration et les fonctionnaires du protectorat. |
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Marrakech est entourée sur dix-neuf de kilomètres d'imposantes murailles,
hautes de 6 à 8 mètres
et larges de 1,50 à 2 mètres,
en pisé d'argile et de chaux. Elles sont renforcées par de puissantes tours de
garde et percées de dix portes monumentales de style hispano-mauresque. A
l'intérieur des remparts, de petites maisons basses en pisé rose alternent avec
de somptueuses demeures édifiées par les fonctionnaires du prince ou les riches
marchands. De vastes espaces, situés à l'est, ouest et surtout sud, abritent de
magnifiques jardins. Semblable aux autres cités, Marrakech comprend trois
ensembles : la médina proprement dite, la casbah et le mellah. L'espace qui les
relie est la grande place Jemaa El-Fna, vaste théâtre populaire : musiciens,
danseurs, conteurs, charmeurs de serpents y attirent citadins ruraux et
touristes. Le matin s'y étale le marché des denrées, fruits, légumes et épices,
et des articles d'occasion divers ; le soir, ce sont des gargotes en plein air
qui occupent le terrain. Dominée par le magistral minaret de la Koutoubia, cette vaste
place était et reste le point de convergence des routes et le lieu de rencontre
entre habitants de la cité et étrangers, le cœur de Marrakech.
A partir
de Jemaa El-Fna, le réseau dense des ruelles de
Marrakech s'étend à travers la
cité comme une toile d'araignée. Son tracé est plus simple, plus cohérent que
celui de Fès. Les vastes souks commencent à
Jemaa El-Fna et s'organisent au nord
et à l'est, comme dans les autres villes impériales, par corps de métier. Proche
du souk Kassabine, souk des épices et des fruits secs,
se trouve le souk Smarine (ancien souk des maréchaux
ferrants) qui est maintenant celui
des étoffes. On trouve ensuite le
souk Zrabia "la criée berbère" où les tapis
sont adjugés en fin d'après-midi, le souk El Kebir,
celui des maroquiniers, le souk
des Chouari, où l'on sculpte le bois de citronnier et de noyer, le
souk Smata,
celui des babouches, le souk des teinturiers ou encore celui des dinandiers.
Contrairement à Fès, Marrakech ne possédait guère d'industries d'exportation.
Elle constitue avant tout un immense marché pour la région. Seule la fabrication
du cuir, qui occupe une superficie très importante dans le réseau des souks.
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A côté
de la médina se trouve la casbah, la ville royale de
Marrakech. Son architecture
lui confère une dimension humaine, mesurée et accueillante. Les murailles
attestent d'une certaine confiance entre les souverains almohades, les citadins
et la population rurale. La cité impériale compte trois parties : l'une publique
et utilitaire ; la deuxième, privée ; la troisième comportant des jardins et
deux immenses bassins. Ces constructions, tour à tour, dévastées, réparées par
les dynasties successives sont toujours utilisées.
Inaugurée en 1158 par Abdelmoumen, qui voulait consacrer sa prise du pouvoir à
Marrakech et élever de nouveaux sanctuaires dès la destruction des édifices
almoravides, la mosquée de la
Koutoubia doit son nom aux cent libraires (koutoubiyyin) qui en
occupaient le parvis. Pour une raison de mauvaise orientation par rapport à la Mecque, elle sera remplacée
presque immédiatement par un second bâtiment, achevé par son successeur
Abou
Yacoub en 1199. La nouvelle Koutoubia, 90 mètres de largeur pour
58 mètres
de profondeur, peut accueillir 20 000 fidèles. Elle est formée de 16 nefs
parallèles d'égale largeur perpendiculaires au mur qui indique la direction de la Mecque, la
qibla.
L'intérieur de la Koutoubia,
peint tout en blanc avec des décors géométriques épurés, est d'une sobriété
distinguée et presque austère si on le compare à l'ornementation almoravide. Le
minaret de la
Koutoubia,
splendide sentinelle postée à
70 mètres au-dessus de la ville, a servi de modèle à la
Giralda de Séville. Son
décor extérieur, qui se déploie sur des moellons roses du Gueliz, est différent
sur chaque face : c'est un jeu savant entre ornements floraux, épigraphiques,
arcs festonnés et bandeaux de faïence. La légende veut que les quatre boules de
cuivre qui couronnent le lanterneau aient été jadis d'or pur : celui des bijoux
qu'offrit une épouse d'El-Mansour pour avoir rompu le jeûne du ramadan. La plus
grosse atteint tout de même deux mètres de diamètre.
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La
mosquée de la casbah est l'œuvre du souverain almohade Yacoub El-Mansour.
Commencée vers 1190, elle se distingue par son très beau minaret qui rivalise
avec le joyau qu'est la Koutoubia. Remaniée
à plusieurs reprises, cette mosquée, qui a perdu son ornementation originale,
reste un des monuments les plus classiques de l'architecture hispano-mauresque.
Longue de près de 80 mètres,
elle comprend une salle de prière en forme de T et cinq cours intérieures
ouvertes, agrémentées de bassins et de fontaines. La silhouette puissante du
minaret, bâti comme les autres minarets almohades sur un plan carré, domine
l'angle nord-ouest de la salle de prière. Dépouillé de tout ornement jusqu'à
hauteur des toits du sanctuaire, et sobrement décoré au-delà, il est ceint d'une
frise de faïence verte. Un magnifique réseau d'entrelacs en relief couvre la
plus grande partie de ses quatre faces. Son lanterneau est surmonté de trois
mythiques boules de cuivre, qui seront surnommées au XVIème siècle « les pommes
d'or ».
Désormais protégée par des grilles en fer forgé, la koubba almoravide, datant du
règne d'Ali Ben Youssef (1107-1143) est l'un des rares exemples d'architecture
de cette époque et le seul monument almoravide subsistant. Elle faisait sans
doute partie des annexes pour la toilette et les ablutions qui jouxtaient une
mosquée aujourd'hui disparue. Au premier abord c'est un édifice assez simple,
une structure carrée de briques et de pierres surmontée d'un dôme très décoré,
avec un dessin d'arcs entrecroisés et, en haut, un motif d'étoiles et de
chevrons. A l'intérieur, le plafond qui supporte la coupole est sculpté d'une
manière très élaborée avec un octogone inscrit à l'intérieur d'une étoile à huit
branches. Les motifs décoratifs comme la palmette, la pomme de pin et la feuille
d'acanthe sont d'inspiration typiquement almoravide.
L'entrée
du musée de Marrakech se situe juste au fond de la place devant la koubba. Ce
musée est installé dans un palais du début du XXème siècle, Dar M'nebhi qui
abritait auparavant le ministère de la guerre marocain. Autour du vaste patio,
entièrement pavé, avec un chandelier en cuivre au milieu et couvert d'un toit
transparent se trouvent les salles des manuscrits coraniques, des monnaies
anciennes, des céramiques et des tissus.
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En 1578,
Ahmed El-Mansour entreprend la
construction d’un immense palais d’apparat, al-Badi, destiné aux grandes
réceptions et aux audiences solennelles. Pour édifier ce palais, le sultan
choisit un ancien jardin almohade à l’abandon, au nord-est de la casbah. Les
travaux commencèrent en 1578 et s’achevèrent vers 1593-1594. La disposition
générale du palais et son ornementation s’inspirent de l’architecture de
Grenade. Pour permettre l’irrigation des jardins, on a installé de vastes
bassins au-dessus du niveau du sol. Cette contrainte oblige les bâtisseurs à
mettre au niveau de l’eau les principales salles du palais en les construisant
sur des arcades de briques. A l’intérieur du bâtiment, ils aménagent une immense
cour rectangulaire, au centre de laquelle ils créent un grand bassin. De part et
d’autre de ce bassin, deux parterres rectangulaires sont divisés en surfaces
carrées, compartimentées par des allées couvertes de zelliges multicolores. De
chaque côté de la cour s’élève un pavillon monumental coiffé de coupoles à
tuiles vertes.
Al-Badi
était protégé par de hautes murailles, sur lesquelles on avait élevé quatre
tours d’angle. Le palais n’a servi que trois quarts de siècle aux réceptions
royales. Puis Moulay Ismaïl le démantela entièrement, utilisant ses marbres, ors
et bois précieux pour la construction de la ville impériale de
Meknès. De ce
fabuleux palais il ne reste que la structure de base laissant deviner les
bassins, les jardins, ainsi que quelques pans de murs de brique et de terre
ocre.
Dans un
tout autre esprit, le palais al-Bahia, « la Brillante » est l’œuvre
de deux grands vizirs de la fin du XIXème siècle, Si Moussa et son fils Ahmed,
dit, Ba-Ahmed. La partie ancienne est assez simple ; ses constructions entourent
une cour pavée de marbre, dans laquelle sont aménagés deux bassins en étoile et
un grand jardin mauresque, de forme rectangulaire. Ba-Ahmed, à qui l’on doit la
partie récente, fait bâtir un immense palais. Sa construction dure sept ans et
l’ensemble ne répond à aucun plan cohérent. C’est une suite de bâtiments qui
renferment des patios remplis d’arbres et de fleurs et de grandes cours, le tout
étendu sur près de huit hectares. La plus intéressante de ces constructions est
certainement celle qui comprend une grande cour pavée de zelliges, ornée de
marbre blanc et ceinte d’une galerie à colonnes peintes.
Loin de
l’effervescence des souks de la médina, à l’ouest de la ville, s’étendent les
splendides jardins de la Menara
avec leur immense oliveraie, agrémentée d’un vaste bassin où se reflète un
charmant pavillon. Sans doute créés au XIIème siècle, à l’époque almohade,
entretenue sous le règne des Saadiens, ces jardins ont été réaménagés par Moulay
Mohammed ben Abderrahman (1859-1873), qui y a reconstruit le pavillon de
plaisance aux murs épais et aux angles de briques, coiffé du traditionnel toit
pyramidal de tuiles vertes. L’aménagement et le décor intérieur sont très
simples, mais cet ouvrage a été conçu dans le cadre d’une composition d’ensemble
conforme à l’idéal du jardin impérial marocain. |
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